![]() |
POLYCOPIE NATIONAL DE CANCEROLOGIE |
|
Cancers de l’enfant : particularités épidémiologiques, diagnostiques et thérapeutiques (144) M. Poirée, N. Sirvent (Service de Pédiatrie, Unité d’onco-hématologie, CHU Nice) - Février 2006 (mise à jour février 2006)
1. Epidémiologie La répartition des principaux cancers de l’enfant est la suivante :
Près de la moitié des cancers surviennent avant l’âge de 5 ans. Il s’agit principalement de leucémies aigues, de tumeurs cérébrales, et de tumeurs embryonnaires spécifiques de l’enfant (néphroblastomes, neuroblastomes). Après l’âge de 10 ans, lymphomes, tumeurs cérébrales et tumeurs osseuses prédominent. Il existe globalement une prédominance masculine, avec un sexe ratio évalué à 1,2/1. L’incidence et la répartition des cancers de l’enfant varient selon l’origine ethnique et géographique de l’enfant. 2. Facteurs étiologiques 2.1. Rôle de l’environnement A la différence de l’adulte, le rôle des facteurs d’environnement apparaît minime dans la genèse des cancers de l’enfant. On peut citer cependant : 2.2. Facteurs génétiques Dans la majorité des cas, les cancers de l’enfant surviennent de façon sporadique sans histoire familiale de cancer, ni maladie génétique associée. De ce fait, le risque de cancer chez les apparentés n’est que peu différent de celui de la population générale. Cependant, un faible pourcentage des cancers de l’enfant est associé à une prédisposition génétique: De même, la constatation de certaines malformations congénitales doit alerter sur le risque accru de cancer spécifique : 3. Particularités diagnostiques des cancers de l’enfant 3.1. La clinique Deux particularités fréquentes propres aux tumeurs de l’enfant, en particulier celles de type embryonnaire, doivent être soulignées : Les signes d’appel dépendent de la taille de la tumeur et de sa localisation. Il peut s’agir de signes directs: 3.2. Les examens complémentaires Les progrès de l’imagerie, du diagnostic cytologique et/ou anatomopathologique, et de la caractérisation biologique de ces cancers permettent habituellement d’arriver rapidement au diagnostic. Cependant, en raison de la rareté de ces tumeurs, l’enfant doit être impérativement adressé dès la suspicion diagnostique dans un centre agréé spécialisé en cancérologie pédiatrique. 3.2.1. Imagerie Le choix de l’examen le plus judicieux va dépendre de la localisation tumorale : à titre d’exemple, l’échographie abdominale est l’examen le plus utile et le moins invasif chez l’enfant porteur d’une tumeur abdomino-pelvienne. Des radiographies osseuses simples peuvent permettre d’étayer le diagnostic de tumeur osseuse. L’imagerie par résonance magnétique est indispensable dans l’exploration des tumeurs cérébrales et osseuses. Le scanner reste irremplaçable dans la recherche de localisations secondaires pulmonaires... Certaines explorations isotopiques permettent d’affirmer le diagnostic et/ou de participer au bilan d’extension : scintigraphie à la méthyliodobenzylguanidine spécifique des tumeurs sympathiques et carcinoïdes, scintigraphie osseuse au technetium permettant le dépistage de métastases osseuses. La place de la tomographie par émission de positons (ou PET-Scan) est en cours d’évaluation. Cet examen scintigraphique, réalisé après l’injection intraveineuse d’un traceur faiblement radioactif (généralement le 18F-fluorodéoxyglucose, analogue du glucose) permet d’obtenir des renseignements sur le fonctionnement et l’activité des organes. Le PET-scan sera certainement un élément important dans le bilan d’extension et la surveillance de certains cancers de l’enfant (lymphomes en particulier…). 3.2.2. Examens biologiques Dans certains cancers de l’enfant, l’identification d’un marqueur tumoral spécifique permet d’affirmer le diagnostic, d’évaluer l’efficacité du traitement, et de surveiller l’enfant une fois la rémission obtenue : Certaines molécules, non spécifiques, représentent un indice de volume et/ou d’activité tumorale, parfois corrélées au pronostic : Une place particulière revient actuellement à l’analyse du génome des cellules cancéreuses, réalisée au moyen de techniques variées : cytogénétique conventionnelle et/ou moléculaire (hybridation fluorescente in situ), biologie moléculaire… Historiquement développée au cours des proliférations hématologiques malignes, où cette analyse est essentielle dans le diagnostic et l’élaboration de la stratégie thérapeutique (pronostic favorable des hyperdiploïdies, pronostic défavorable des hypodiploïdies, valeur pronostique de certaines anomalies de structure et/ou du réarrangement de certains gènes impliqués dans l’oncogénèse), son intérêt s’affirme également dans le prise en charge des tumeurs solides (valeur diagnostique de la translocation t(11,22)(q24 ;q12) dans les tumeurs neuroectodermiques, valeur pronostique de l’amplification de l’oncogène n-myc dans les neuroblastomes…). De plus la caractérisation des anomalies génomiques tumorales permet d’envisager la mise au point de traitements plus spécifiques de la prolifération maligne, ciblés sur l’anomalie moléculaire identifiée. 3.2.3. Examen anatomopathologique Il permet avant tout d’affirmer le diagnostic, mais également dans certains cas d’établir un histopronostic à partir de certains critères propres à chaque tumeur (histopronostic défavorable de certains néphroblastomes comportant des territoires anaplasiques…), et d’évaluer pour certaines tumeurs la réponse au traitement, élément fondamental du pronostic (pourcentage de nécrose de la tumeur après traitement par chimiothérapie dans les ostéosarcomes, les sarcomes d’Ewing…). De manière très schématique, on peut distinguer chez l’enfant 6 grands groupes de proliférations malignes : 4. Particularités thérapeutiques des cancers de l’enfant 4.1. La chimiothérapie La chimiothérapie est adaptée au poids et à l’âge de l’enfant (posologies réduites chez le nourrisson de moins de 1 an, en particulier). Il s’agit souvent, chez l’enfant, dans les tumeurs solides, d’une chimiothérapie néo-adjuvante dont l’objectif principal reste la réduction du volume tumoral permettant un traitement local ultérieur moins dangereux et carcinologiquement satisfaisant (neuroblastome, néphroblastome…). La chimiothérapie première permet également d’apprécier la réponse tumorale au traitement, dont l’importance pronostique va conditionner la stratégie thérapeutique ultérieure (sarcomes d’Ewing, ostéosarcomes). La chimiothérapie adjuvante, délivrée chez un enfant sans maladie résiduelle apparente après un traitement local ou locorégional, a pour but de prévenir la survenue et/ou de traiter d’éventuelles localisations secondaires. Dans certains cas, le chimiothérapie résumera le traitement : leucémies, lymphomes. Basé sur le concept de dose-intensité (corrélation entre l’efficacité de la chimiothérapie et la quantité de drogue administrée), le traitement de certaines tumeurs malignes à très haut risque pourra comporter des chimiothérapies à hautes doses, sous couvert d’autotransfusion de cellules souches hématopoiétiques. Chez l’enfant, les effets secondaires précoces de la chimiothérapie (complications hématologiques : aplasie, anémie thrombopénie, complications digestives : vomissements, dénutrition, mucite, complications infectieuses : bactériennes, fongiques parasitaires ou virales…), et leur prise en charge, répondent aux mêmes principes que chez l’adulte et doivent être surveillés d’autant plus attentivement que l’enfant est jeune. 4.2. Radiothérapie Même si ses indications régressent, la radiothérapie s’intègrera dans la stratégie thérapeutique des cancers de l’enfant dans près d’1/3 des cas, et dans 80% des tumeurs cérébrales. La radiothérapie pédiatrique se caractérise d’emblée par l’importance de la mise en condition psychologique afin d’obtenir une bonne coopération de l’enfant, coopération indispensable au bon déroulement du traitement et au respect d’une stricte immobilité. Les méthodes d’irradiation comportent comme chez l’adulte, la radiothérapie externe, la plus utilisée, et de façon beaucoup plus exceptionnelle, l’irradiation interne ou curiethérapie. Si la détermination du volume tumoral se fait de la même façon que chez l’adulte, la détermination du volume à irradier va différer de l’adulte en fonction de l’âge de l’enfant, du type de tumeur et de la dose à délivrer. En effet, certaines complications de la radiothérapie sont particulières à l’enfant. Ainsi faut-il citer : 4.3. La chirurgie L’expertise chirurgicale, qui doit être partie intégrante du projet multidisciplinaire, peut intervenir à différentes étapes de ce projet : au diagnostic, lors du traitement local et/ou locorégional, après le traitement pour vérifier l’existence d’un résidu tumoral… En aucun cas, le geste chirurgical ne peut être un geste technique ou thérapeutique isolé. Initialement, pour déterminer la nature d’une tumeur solide, une biopsie chirurgicale est sauf exception, indispensable. Elle peut parfois être avantageusement remplacée par une aspiration biopsie à l’aiguille fine, réalisée sous repérage radiologique, moins invasive. Le matériel prélevé doit être cependant suffisant pour permettre, en sus de l’examen anatomopathologique qui affirmera le diagnostic, une analyse complète de la biologie tumorale (cytogénétique conventionnelle, analyses de biologie moléculaire…) qui peut constituer un facteur pronostique déterminant dans le choix du protocole thérapeutique (neuroblastome…). Lors de l’éxérèse tumorale, le geste chirurgical intervient après concertation entre le radiologue et l’opérateur, concertation qui doit : conditionner le moment de la chirurgie au sein du protocole de traitement, et permettre de décider de l’opérabilité de la tumeur et de prévoir les complications post opératoires et/ou les séquelles fonctionnelles. L’exérèse tumorale doit être au mieux complète et conservatrice, et en aucun cas mutilante ou délabrante. 5. Les conséquences à long terme La toxicité à long terme peut toucher tous les organes et toutes les fonctions : cardiaque pulmonaire, rénale, endocrinienne, audition, système nerveux central, fertilité...Dans certains cas, cette toxicité sera d’autant plus délétère que les traitements auront été administrés chez un enfant jeune : toxicité cardiaque des anthracyclines, séquelles neuro-psychiques après irradiation cérébrale, troubles de croissance segmentaire après irradiation des cartilages de croissance… La survenue de deuxièmes cancers, par définition différents d’une récidive ou d’une métastase du cancer primitif, représente un réel problème avec un risque cumulatif évalué entre 3,7 et 12% 25 ans après le traitement de la maladie initiale. Le type histologique de ces seconds cancers apparaît comme la résultante de plusieurs facteurs : |
| UMVF 2005 | Production NICE | Généré par MAJAC Lite |