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POLYCOPIE NATIONAL DE CANCEROLOGIE |
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Les tumeurs de l’endomètre (147b) E. BUSSIERES (Institut Bergonié, Bordeaux), D. PEIFFERT (Centre Alexis Vautrin, Nancy) - Novembre 2005 (mise à jour Novembre 2005)
1. Introduction Les cancers de l’endomètre sont découverts 8 fois sur 10 devant des métrorragies péri- ou post-ménopausiques, à un stade où la tumeur reste confinée à l’utérus. La connaissance des principaux facteurs pronostiques (envahissement ganglionnaire, pénétration dans le myomètre, et grade histologique) guide la stratégie thérapeutique, basée sur la chirurgie et la radiothérapie. 2. Epidémiologie 2.1. Le cancer de l’endomètre Il est au 3ème rang des sites tumoraux chez la femme (4, 4 % des nouveaux cas) après le cancer du sein et les cancers colorectaux et devant les cancers du col utérin. Le taux d’incidence standardisé est évalué entre 14 et 20 pour 100 000, ce qui représentait en France en 1995 environ 4500 cas responsables d’environ 1200 décès (2, 3 % des décès féminins par cancer). Il survient classiquement chez la femme âgée, ménopausée, avec un pic de fréquence entre 60 et 70 ans, l’incidence augmentant avec l’âge. L'incidence est stable depuis 1975. Mais on l'observe actuellement plus fréquemment chez la femme plus jeune avant la ménopause. 2.2. Les facteurs de risque 2.2.1. L’obésité Elle domine les facteurs généraux : 2.2.2. Des facteurs hormonaux Des facteurs favorisants sont incriminés : Les contraceptifs séquentiels et le traitement hormonal substitutif de la ménopause par œstrogènes seuls, aujourd’hui abandonnés, s’accompagnaient d’une augmentation du risque. Les contraceptifs actuels combinés, associant œstrogènes et progestatifs entraînent une diminution du risque et le traitement hormonal substitutif actuel, associant œstrogènes et progestatifs n’entraîne pas d’augmentation du risque. Le point commun pour ces facteurs est un déséquilibre hormonal avec hyperœstrogénie prédominante. Ainsi la réduction de la durée totale de la période ovulatoire (âge de la ménopause moins âge de la puberté moins nombre de mois de grossesse moins nombre de mois sous contraception orale) s’accompagne d’une diminution du risque de cancer de l’endomètre. 2.2.3. Anomalies de l’endomètre, 2.2.4. Autres causes D’autres causes ont été évoquées : la prise de tamoxifène augmente le risque relatif de survenue d’une hyperplasie de l’endomètre et d’un cancer de l’endomètre, et rend souhaitable de maintenir un suivi clinique rigoureux avec la nécessité d’examens complémentaires en cas de signe d’appel, saignement notamment. 3. Histologie 3.1. L'adénocarcinome endométrioïde L'adénocarcinome endométrioïde est le plus fréquemment observé (environ 80 % des cas). La tumeur reproduit plus ou moins fidèlement l'endomètre normal. Le grading se calcule par la somme du grade architectural et du grade nucléaire, qui donne le grade dit « FIGO » de grade I à III. 3.2. Formes histologiques particulières Les formes histologiques particulières sont rares : 4. Sémiologie clinique 4.1. Les circonstances de découverte Toute métrorragie après la ménopause impose la recherche d’un cancer de l’endomètre. C’est le signe de découverte 9 fois sur 10, hémorragie de sang noir ou rosé, souvent spontanée, parfois post-coïtale, peu abondante. Une ménométrorragie est moins évocatrice dans la période d’installation de la ménopause, mais une enquête diagnostique doit être entreprise. Des leucorrhées peuvent amener au diagnostic, rarement une hydroleucorrhée rosée et fétide, tout à fait évocatrice. Les douleurs pelviennes traduisent souvent une lésion évoluée avec surinfection et rétention utérine, voire un envahissement au-delà de l’utérus. Ces douleurs peuvent être limitées à une vague sensation de pesanteur pelvienne, s’accompagnant de quelques troubles urinaires ou rectaux. Le diagnostic est rarement orienté par un frottis cervical de dépistage. La recherche d'un cancer de l'endomètre peut faire partie du bilan étiologique d'une anémie chronique de déperdition. 4.2. L’examen clinique L’interrogatoire recherche des facteurs de risque et précise les antécédents personnels et familiaux. L’examen général est systématique, appréciant l’état général et cherchant les insuffisances viscérales associées. L’examen gynécologique est souvent difficile chez ces patientes âgées et obèses et apporte peu de renseignements. 5. Sémiologie paraclinique L’échographie endovaginale recherche une formation intra-utérine, et précise l’épaisseur de l’endomètre. Avec une mesure seuil à , la sensibilité est de 90 à 100 %, mais la spécificité n’est que de 50 % environ. L’hystérosonographie (échographie en injectant du sérum dans la cavité utérine), plus sensible et spécifique, n’est pas encore de pratique courante. L'IRM permet une étude de l’utérus et des organes pelviens dans tous les plans de l’espace. La lésion se manifeste par un épaississement de l’endomètre, plus ou moins hétérogène, le plus souvent hypointense en T2, mais il n’y a pas de spécificité de nature. La lésion peut ne pas être visible en IRM. 6. Méthodes de diagnostic Le frottis cervico-vaginal (examen de dépistage du cancer du col utérin) est le plus souvent négatif. Il peut être positif dans les formes étendues mais n'apporte pas de certitude diagnostique. La cytologie endo-utérine par aspiration ou avec un endocyte n’est pas toujours réalisable. Elle n’a de valeur que positive et une confirmation histologique reste indispensable. La biopsie d’endomètre en ambulatoire, à l’aveugle, avec une canule de Novak ou une pipelle de Cornier, n’a de valeur que positive. La précision du prélèvement est améliorée en effectuant la biopsie au cours d’une échographie. L’hystéroscopie, en l’absence d’infection cervicovaginale, est l’examen essentiel qui permet de visualiser les lésions endométriales, de préciser leur topographie, leur extension vers l’isthme et l’endocol, de guider les biopsies réalisées. La sensibilité et la spécificité sont de plus de 95 %. On complète ensuite par un curetage biopsique. Il faut au mieux faire un curetage étagé de l’endocol, puis de la cavité utérine. Il existe un risque faible de perforation et de complications infectieuses, et un risque exceptionnel (moins de 1 %) d’embolie gazeuse. Il est possible de pratiquer une hystéroscopie en ambulatoire avec des appareils d’un diamètre inférieur à , souples ou rigides. 7. Bilan 7.1. Bilan loco-régional L’examen clinique est souvent négatif. Au mieux, il est réalisé sous anesthésie générale lors de l’hystéroscopie et du curetage. Examen au spéculum, toucher vaginal et toucher rectal confirment l’aspect du col et des cul-de-sac vaginaux, le volume de l’utérus, sa mobilité, l’état des paramètres. L’échographie endo-vaginale a un rôle pour localiser la tumeur, préciser l’épaisseur de l’endomètre, l’extension vers l’isthme et évaluer l’infiltration du myomètre. L’hystéroscopie apprécie l’extension vers l’isthme et le col. La tomodensitométrie abdomino-pelvienne évalue le degré de pénétration dans le myomètre et recherche un envahissement ganglionnaire iliaque et lombo-aortique. L’IRM avec injection de gadolinium apprécie la profondeur dans le myomètre, l’atteinte de l’isthme et du col, l’existence d’adénopathies pelviennes. L’IRM serait l’examen le plus performant pour préciser l’infiltration du myomètre. Cystoscopie et rectoscopie ne sont pratiquées qu’en cas de suspicion d’envahissement par des tumeurs à extension loco-régionale très avancée. 7.2. Bilan à distance La recherche de métastases à distance (foie, poumon, os, cerveau) n'est pas systématique. Elle n'est réalisée qu'un présence de signes de suspicion clinique. 7.3. Bilan d’opérabilité Le bilan préopératoire est essentiel. Après la consultation d’anesthésie, il faut se concerter pour décider d’une possible voie abdominale ou à défaut d’une chirurgie par voie basse. La contre-indication absolue à la chirurgie est exceptionnelle. 8. Classifications L'importance des facteurs pronostiques issus de l'analyse anatomo-pathologique de la pièce opératoire dans la décision d'un traitement complémentaire a fait évoluer vers la nouvelle classification FIGO 1988. Le grade histologique doit également être ajouté à la classification, selon la différenciation et les anomalies nucléaires, noté de G1 à G3.
Tableau 1. Classifications anatomo-cliniques des cancers du corps utérin 9. Pronostic 9.1. Evolution spontanée – Histoire naturelle Les cancers de l'endomètre naissent au sein de l'épithélium glandulaire qui tapisse la cavité utérine. Le myomètre utérin représente la première barrière à l’extension tumorale. L’envahissement se fait en superficie, vers l’isthme et le col, et en profondeur, infiltrant progressivement le myomètre. Certaines présentations tumorales vont disséminer au delà du col vers les paramètres ou la muqueuse vaginale supérieure ou inférieure (péri-méatique). Les ganglions iliaques internes et primitifs et les ganglions lombo-aortiques peuvent être envahis lorsqu'il y a une infiltration du myomètre, de façon proportionnelle à celle-ci. Un essaimage tubaire peut entraîner une dissémination ovarienne et péritonéale. Les métastases à distance sont plus rares. L’évolution générale est en règle lente, avec hémorragies, anémie, surinfection, douleurs pelviennes et signes d’envahissement de voisinage. 9.2. Facteur pronostiques 9.2.1. L’âge L’âge est un facteur de mauvais pronostic pour l’opérabilité, l’association d’insuffisances viscérales, le retard au diagnostic amenant à la découverte de stades évolués et, avec une plus grande fréquence, de variétés indifférenciées. 9.2.2. L’opérabilité L’opérabilité est un facteur pronostique important, mais près de 90 % des patientes sontaccessibles à une chirurgie, si nécessaire par voie basse, dès lors que le statut tumoral y incite. 9.2.3. La classification anatomoclinique La classification anatomoclinique selon la classification de 1988 conditionne le pronostic : 9.2.4. Les facteurs anatomo-pathologiques Les facteurs anatomo-pathologiques sont essentiels à la définition du pronostic et à l’indication de traitement complémentaire après chirurgie. Ils sont étroitement inter-corrélés et conditionnent survie et récidives. Trois éléments sont importants : 9.2.5. Autres éléments pronostiques D’autres éléments pronostiques sont de moindre importance : 10. Traitement 10.1. Prévention et dépistage La prévention des cancers de l’endomètre nécessite de ne pas prescrire de traitements œstrogéniques au long cours sans équilibration parallèle en progestatifs. Les patientes sous tamoxifène doivent être suivies attentivement. Il n’y a pas d’accord sur les modalités de cette surveillance qui repose sur l'interrogatoire et la recherche de symptômes déclenchant une démarche diagnostique. Le dépistage des anomalies par échographie systématique n’est pas nécessaire. Par contre, en cas de métrorragies sous tamoxifène, le bilan diagnostique comporte une échographie et une hystéroscopie avec des prélèvements et / ou un curetage biopsique. Si le prélèvement montre une hyperplasie glandulo-kystique, le Tamoxifène doit être interrompu ou, si son maintien paraît bénéfique, une résection endométriale ou une hystérectomie doivent être envisagées. 10.2. Traitement des hyperplasies et des polypes Le traitement des hyperplasies exerce un effet préventif sur la survenue de cancers de l’endomètre et permet également le diagnostic précoce. Les polypes de l’endomètre visualisés en échographie ou en hystéroscopie diagnostique nécessitent une résection par hystéroscopie opératoire. Il reste classique de pratiquer l’exérèse des polypes en voie d’accouchement par le col. L’hyperplasie glandulo-kystique nécessite biopsie, hystéroscopie ± résection endométriale, associée à la correction de l’hyperœstrogénie. L’hyperplasie atypique, si elle récidive, doit amener à l’hystérectomie simple. 10.3. Traitement des cancers de l’endomètre Dans 80 % des cas, le cancer de l’endomètre est reconnu à un stade où la tumeur reste confinée à l’utérus (stades I et II). Si la patiente est opérable, le geste principal initial est l’hystérectomie. On peut ainsi collecter les principaux facteurs pronostiques qui vont indiquer la mise en œuvre d’un traitement complémentaire par curiethérapie et/ou irradiation externe. 10.3.1. Méthodes 10.3.1.1. La chirurgie est la base du traitement Le but du traitement chirurgical est : Différents types d’opérations peuvent être pratiquées, en fonction de l’extension de la tumeur et de l’état de la patiente : La chirurgie sur ces terrains a une mortalité qui n’est pas nulle (complications respiratoires et thrombo-emboliques) et une morbidité essentiellement urinaire et lymphatique. 10.3.1.2. La radiothérapie La radiothérapie intervient souvent en complément de la chirurgie. Elle est parfois exclusive, soit chez les patientes inopérables, soit pour des tumeurs de stades avancés. Elle a pour objectif d'éviter l'apparition d'une récidive tumorale, et est adaptée aux facteurs pronostiques. 10.3.1.2.1. La curiethérapie La curiethérapie est la plus utilisée. Son but et d'éviter les récidives dans la cicatrice vaginale et le 1/3 supérieur du vagin. Il s'agit alors d'une curiethérapie endocavitaire vaginale, réalisée préférentiellement en ambulatoire avec 2 à 4 fractions de quelques minutes (5 à 7 Gy par fraction), délivrées à 1 semaine d'intervalle, évitant l'hospitalisation et l'alitement chez ces patientes à risque général. En cas de tumeur avec envahissement cervical (stade II) ou paramétrial (stade III) diagnostiqués lors du bilan initial, la curiethérapie utéro-vaginale est délivrée en préopératoire (comme dans les cancers épidermoïdes du col utérin). Chez les patientes inopérables, elle est également utéro-vaginale, après un premier temps de radiothérapie externe 10.3.1.2.2. La radiothérapie externe La radiothérapie externe pelvienne est plus rarement indiquée. Son but est d'éviter les récidives pelviennes profondes en cas d'envahissement pariétal ou ganglionnaire. Elle délivre en postopératoire 40 à 50 Gy (en 20 à 25 fractions) en association avec la curiethérapie vaginale. Chez les patientes inopérables, elle est suivie d'une curiethérapie utéro-vaginale. Les complications de la radiothérapie sont essentiellement digestives (rectite) et urinaires (cystite). Elles sont rares en postopératoire, mais fréquentes après radiothérapie exclusive, et dans ce cas présente un risque de grêle radique. 10.3.1.3. Autres traitements Il n’y a pas d’indication d'hormonothérapie ni de chimiothérapie adjuvante. À titre palliatif, on peut avoir recours aux progestatifs (acétate de médroxyprogestérone per os ou 1g IM/semaine) avec un risque thrombo-embolique, au tamoxifène, et aux inhibiteurs de l'aromatase. Des protocoles de chimiothérapie sont proposés, associant diversement fluoro-uracile, doxorubicine, cyclophosphamide, cisplatine avec un taux de réponse d’environ 20%. 10.3.1.4. Indications On peut schématiser les indications. Elles doivent être discutées en concertation pluridisciplinaire, et proposées à la patiente en prenant en compte l’âge et l’état général après avis des anesthésistes-réanimateurs. 10.3.1.5. Stades I et II opérables Hystérectomie totale extra-fasciale par voie abdominale avec prélèvement ganglionnaire en cas de stade I, même chose ou colpo-hystérectomie élargie en cas de stade II. En cas de patiente opérable mais à haut risque, on peut proposer une hystérectomie par voie basse pour les stades I. Le traitement postopératoire est adapté aux facteurs pronostiques : 10.3.1.6. Stades III non fixés à la paroi, stades IV A Ils relèvent de plus en plus souvent d’une prise en charge chirurgicale première, suivie d’une irradiation pelvienne, pelvienne et lomboaortique, ou abdominopelvienne, éventuellement d’une curiethérapie, en fonction des constatations et des résultats de la chirurgie et du niveau de l’atteinte ganglionnaire. 10.3.1.7. Patientes inopérables, stades III fixés à la paroi, stades IV B Par nécessité, on envisage une radiothérapie exclusive associant diversement irradiation externe et curiethérapie endo-utérine et vaginale. 10.3.1.8. Récidives loco-régionales et évolutions métastatiques Une récidive vaginale isolée peut être traitée, soit par colpectomie, soit par curiethérapie s’il n’y en avait pas eu. En cas de récidive centro-pelvienne, il faut discuter d’une pelvectomie de rattrapage, en tenant compte des facteurs pronostiques, du délai écoulé, des traitements antérieurement pratiqués. De façon plus générale, chez ces patientes âgées déjà traitées, récidives et métastases relèvent d’un traitement palliatif. 11. Surveillance Les examens complémentaires ne seront envisagés qu’en cas de signes cliniques d’appel. Du fait de la fréquence de l’association sein-endomètre, et surtout de l'âge des patientes. un dépistage clinique et mammographique s’impose. Il faut aussi rechercher et, éventuellement corriger, les séquelles du traitement (urinaires, digestifs, post-phlébitiques, dyspareunie, incontinence urinaire, éventration). |
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